La Nausée de Sartre – Analyse

Par : Edouard Karbouche


La Nausée, le classique par excellence parlant de l’existentialisme vu par Jean-Paul Sartre, est racontée par la voix de Roquentin, le narrateur nihiliste qui est effrayé par sa propre existence.

Sartre, que je vois comme « père de l’existentialisme » écrit La Nausée en 1938, qui est un livre inutile. Inutile dans le sens ou la futilité est la dominante, elle englobe tout et est sans cesse répétées d’obsessions du protagoniste du livre, Antoine Roquentin.
« Je vis seul, tout seul. Je ne parle jamais à personne, jamais. Je ne reçois rien, je ne donne rien »
« Je ne pouvais pas prendre ce papier couché sur le sol … Je me sentirais libre »
« Je ne peux pas décrire à quel point il me dégoûte »
« Je me regarde, je me dégoûte: encore une éternité »
« Rien ne se passe pendant que vous vivez »
« L’existence est ce que je crains »

Ce thème se poursuit plus ou moins sans relâche tout au long du livre.

Un objet existe d’une manière qui n’a aucune signification particulière mais sa présence est insupportable à un être humain, donc l’homme attribue toutes sortes de sens/émotions (/utilités ?) à ces objets qui, en définitive, n’ont aucuns sens. Roquentin apprend cela dans sa rencontre avec la racine d’un arbre dans un parc.

La conclusion de cet état de choses par Sartre, et donc par son caractère Roquentin, est que l’existence humaine est finalement vide de sens parce que tout sens que nous attribuons aux choses est arbitraire et donc rien de plus qu’une étiquette imaginaire, grossièrement appliquée à des choses qui sont entièrement étrangères et inconnaissables.

La nausée est le malaise, l’envie de vomir, pour éjecter tous les corps étrangers de son propre corps. Je vois l’action de vomir comme l’acte primaire de rejet. Roquentin est si profondément dégoûté par l’existence qu’il voit autour de lui, qu’il se sent un besoin physique de l’éloigner de lui: intellectuellement, spirituellement et physiquement.

Après une vie de rejet, la vie change pour Antoine quand il fait la connaissance de « L’homme autodidacte » qui l’accoste dans une bibliothèque. A ce moment il va se passer une action décisive pour la réflexion du lecteur et si vraiment, Antoine Roquentin avait été un vrai nihiliste intransigeant, il ne serait pas intervenu. Cependant, non seulement il utilise -enfin- sa propre capacité de choisir et d’intervenir au nom de « L’homme autodidacte », mais il devient également en colère! Cette colère indique une connexion à la justice et au bien-être des autres qu’il n’aurait pas admis quelques temps auparavant.

La déclaration de Roquentin à Anny qu’un « moment parfait est une œuvre d’art » m’amène à penser que la création artistique est le moyen d’échapper à l’absurdité de l’existence. En créant une œuvre d’art, les individus peuvent se libérer de la nécessité d’appliquer des significations -parasitaires- aux objets extérieurs, et au lieu de ça, se rapportent au monde d’une façon nouvelle et créative.

Roquentin récupère son droit d’agir et d’influer sur le monde tout en maintenant sa relation essentiellement antagoniste à l’existence. Il ne fait pas la paix avec le monde, mais il réussit à résoudre son combat avec son propre élan créateur, et confirme ainsi la valeur de son existence personnelle.